Témoignage de Viviane, adhérente du G.E.M.

 Témoignage de Viviane, adhérente du G.E.M.

Le Mag du PUY en VELAY 002 (3)

Suite à un accident vasculaire cérébral, j’ai écopé d’une lésion cérébrale comme c’est le cas de nombreux traumatisés crâniens, le plus souvent victimes d’un accident de la route. D’ailleurs, mon mari et moi-même faisons partie de l’association française des traumatisés crâniens et des cérébro-lésés. Je m’appelle Viviane et j’ai aujourd’hui 58 ans. Je suis mariée, j’ai quatre enfants dont trois encore étudiants, j’ai eu des animaux qui sont malheureusement morts et enterrés aujourd’hui et j’ai toujours eu  un emploi salarié jusqu’au grand chambardement.

C’est le jour fatidique du 6 novembre 2007 que ma vie a basculé, qu’un A.V.C. hémorragique a enclenché le chambardement futur. Après le circuit hospitalier urgences réanimation, j’ai été orientée pour mon malheur vers un service de médecine générale. Mon premier A.V.C. s’était avéré sans conséquence grave. Mais au bout de 15 jours, ma tension restant élevée, les médecins du service m’ont prescrit tant d’hypotenseurs que j’ai fait un second A.V.C., celui-ci ischémique par bas débit (tension trop basse, donc manque de  flux sanguin au cerveau).  Là, le mien n’a pas supporté le choc et sa partie occipitale où siège la vision centrale a été gravement endommagée : j’ai tout de suite perdu la vue. A partir de cet accident visuel, j’ai été classée comme personne atteinte de cécité corticale et j’ai sombré dans une grave dépression nerveuse. Ne trouvant plus d’intérêt à vivre, cet épisode a été terrible pour moi mais aussi pour mes enfants et surtout mon mari. Je me suis débattue plusieurs mois du fond de mon lit. Mes proches m’ont énormément aidée et mon mari m’a fait rencontrer P.M., un psychiatre extraordinaire qui est à l’origine de mon séjour de cinq mois dans une clinique spécialisée dans la  rééducation des aveugles et des mal voyants. J’y ai fait de très gros progrès, j’y ai appris des techniques adaptées aux déficients visuels, j’utilise une canne pour malvoyante et j’ai surtout compris  ma pathologie exacte. Mettre des mots sur les maux, c’est essentiel et j’en ai mis sur les miens. En fait, mon champ visuel est très altéré : je souffre d’une importante hémianopsie attitudinale basse (en clair, je ne vois absolument rien en bas), de simulanogsie (incapacité de percevoir normalement une scène visuelle) qui perturbe la lecture, le dénombrement et l’interprétation de scènes complexes, d’ataxie (difficulté de bien coordonner la vision avec le geste), déficience extrêmement perturbée dès lors que s’ajoute la vitesse ( par exemple, je ne peux saisir ni balle ni ballon lancés ni voir quand je cours), d’une légère héminégligence gauche (j’oublie de lire ce qui est à gauche, j’accroche les poubelles sur les trottoirs, etc). En plus, j’étais avant cet accident astigmate, hypermétrope et presbyte.

P.M. m’a aidée à sortir de mon état dépressif, m’a conseillée, m’a encouragée à faire des activités. C’est ainsi que je fais un peu de bénévolat à la croix rouge locale et que j’ai connu le G.E.M. J’y rencontre des gens dont les pathologies sont différentes de la mienne, les leurs étant d’origine psychique, la mienne étant d’origine neurologique. J’y participe à des sorties, au jardin, à des jeux. Mais surtout j’y rencontre des éclopés de la vie comme moi qui m’acceptent telle que je suis actuellement sans émettre de commentaire ni me questionner. En ces temps où règne en maître un individualisme forcené, où la solitude est le lot des exclus, le G.E.M. devient le groupe des estropiés mutualistes. Les deux éducateurs qui animent ce groupe impulsent de l’énergie et possèdent beaucoup de ressources et d’idées. J’aime leur parole franche qui peut paraître à certains abrupte mais qui est droite et vraie ; elle ne se nourrit pas de circonvolutions stériles et oiseuses. J’ai toujours aimé la vie en groupes d’autant que je suis un enfant unique. Je trouve cet espace communautaire auprès du G.E.M. J’y rencontre des personnes intéressantes et sympathiques et j’y ris souvent. Qui ne connaît pas le dicton : « Plus on est de fous, plus on rit !  Cette maxime s’avère corroborée ici.
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